agissons !


Analyse à chaud d'un échec

Avec 147 voix d'avance, les conseillers départementaux du canton Nord Médoc seront donc Front National.

POURQUOI ?

Ce résultat confirme la percée du FN observée lors des précédents scrutins et notamment aux européennes. Il s'inscrit dans une dynamique nationale, ayons la lucidité de le voir.

Appeler les électeurs à ne pas confondre le « national » et le « local » pendant la campagne électorale est une chose. Nécessaire, et nous l'avons fait entre les deux tours. Mais quand le résultat est là, il ne sert à rien de l'expliquer par cette confusion. C'est même dangereux, car c'est renvoyer la responsabilité de l'échec républicain aux électeurs sous la forme d'un « vous n'avez rien compris ! ».

Ils pourraient légitimement nous répondre que c'est nous qui n'avons « rien compris », pas compris que le niveau de l'enjeu (local ou national) fait partie de la liberté de choix de l'électeur et qu'en démocratie représentative le candidat propose mais l'électeur dispose.

Au lieu de nier, comme le président et le premier ministre le font, que le score du FN, mais aussi une grosse part de l'abstention, les votes nuls plus nombreux... sont d'abord l'expression d'un vote sanction de la politique nationale, il vaudrait mieux l'entendre et en tirer les conséquences. (Mais je ne développe pas cet aspect, ce n'est pas l'objet de ce billet)

Pour autant, si ce rejet s'applique en Nord Médoc comme ailleurs, tous les cantons n'ont pas basculé au FN comme ici. Il y a donc aussi des explications locales à analyser.

Taux de pauvreté, de chômage, d'allocataires des minima sociaux plus important qu'ailleurs.

Tensions liés à la mise en concurrence sur le marché du travail saisonnier avec les victimes exogènes de la même politique libérale européenne.

Péninsularité qui renforce le sentiment d'abandon et les effets négatifs des déficits en services publics, en structures d'animation capables de retisser des liens sociaux distendus.

La vraie richesse du tissu associatif local, qui fait ce qu'il peut, souvent seul, ne suffit plus.

Cette liste n'est pas exhaustive, chacun la complétera selon son ressenti.

Et laissons la langue de bois au vestiaire : Oui les élus locaux actuels (dont je suis) et des mandats précédents ont leur part de responsabilité dans cet échec.

Il ne s'agit pas de les accabler - piège dans lequel certains tombent à pieds joints - en les désignant comme seuls responsables, mais pas non plus de les exonérer de cette nécessaire, indispensable et salutaire remise en cause.

Beaucoup se poseront la question de la pertinence du choix de leurs candidats par les grands partis politiques « républicains ».

Je me la pose aussi... Pour me dire aussitôt qu'elle ne mène à rien. D'abord parce qu'on ne réécrit pas l'histoire et parce que d'autres personnalités auraient peut-être permis de regagner ces 147 voix manquantes sur les blancs désabusés, mais cela n'aurait fait que masquer provisoirement la profondeur du mal dont se nourrit le FN. Lequel a gagné deux postes d'élus au second tour mais avait déjà gagné les élections au premier !

Je me dis qu'il y a davantage de leçons à tirer sur les ravages des alliances à géométrie variable conclues selon les scrutins (municipales, départementales...).

Alliances que le FN s'est bien sûr empressé de dénoncer (non sans raison) mais qui ont surtout brouillé les repères de choix politique de l'électorat républicain des deux camps, déjà déboussolé de ne pas être entendu par leurs propres représentants.

Quand tout est fait pour que le choix de l'électeur se limite à savoir qui va appliquer la même politique libérale dont il sera la victime, on peut se demander si ces alliances sont la cause ou le résultat de la déliquescence d'un débat politique inexistant. Ou plutôt refusé aux citoyens.

ET MAINTENANT ?

C'est en définitive la seule question qui importe : Il reste une situation tout à fait nouvelle dans ce canton qui impose de faire preuve d'imagination.

Il s'agit d'abord de répondre autant que possible aux attentes des médocains. Avant tout pour eux-mêmes. Parce que c'est notre devoir d'élu d'être à l'écoute des souffrances de ceux qui nous ont donné des responsabilités. Parce que certains d'entre eux en crèvent. Au propre comme au figuré. Du manque de moyens et tout autant du manque de considération.

D'abord pour cela. Avant tout pour cela.

Et ensuite pour couper l'herbe sous les pieds du FN.

Parce qu'il ne suffit pas de le combattre sur le terrain idéologique - quoi que ce soit indispensable - C'est le terreau sur lequel il prospère qu'il faut assécher.

Laissons encore la langue de bois : Il y a un risque réel que la volonté (compréhensible) d'isoler les seuls élus FN au Conseil Départemental conduise à isoler encore plus notre canton dans la politique d'aide aux communes et associations du territoire.

Ce serait une politique suicidaire d'abord pour le canton, mais aussi d'un point de vue politique pour ceux qui la mettraient en œuvre. En croyant mettre les élus FN à la diète, ce serait le nourrir du ressentiment des habitants du canton contre ceux qui les auront abandonnés. Double peine.

Soyons lucides, le travail des élus, pour indispensable qu'il soit, ne suffira pas, il faudra s'y mettre tous !

                                        Segundo Cimbron



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